Ordonnance d’Abbeville, 31 juillet 1471

(retranscrite par M. de la Chauvelays)

Le Duc déclare qu’il a résolu de choisir, mettre sus et entretenir en son ordonnance 1250 hommes d’armes à 3 chevaux, et pour chaque homme d’armes, trois archers à cheval, un arbalétrier, un couleuvrinier et un piquenaire à pied, des meilleurs et des plus experts qu’il pourra trouver en ses pays et seigneuries.

L’homme d’armes doit porter blanc harnois complet, monté de trois bons chevaux dont le moindre vaudra 30 écus ; il aura une selle de guerre et un chanfrein, et sur la salade des plumes de couleur, moitié blanches, moitié bleues, aussi bien que sur le chanfrein. Sans imposer des bardes pour les chevaux, le Duc fait observer qu’il saura bon gré à l’homme d’armes qui s’en procurera.

Le coustillier de l’homme d’armes sera armé par devant d’un plastron d’acier ou de fer battu avec arrêt, et par derrière de brigandine ; s’il ne peut trouver cet habillement, il se pourvoiera d’un corselet de fer avec arrêt, et s’il ne peut avoir qu’une brigandine, pour la première fois, il la couvrira d’un plastron à arrêt. Il aura en outre une salade, un gorgerin, petits garde-bras, avant-bras, gantelets ou mitons, selon l’habillement de corps qu’il se sera procuré. Il portera une bonne javeline, ou sorte de demi-lance, ayant poignée et arrêt, avec ce une bonne épée de moyenne longueur, droite, qu’il pourra manier à une main, et une bonne dague d’un pied, tranchant des deux côtés.

L’archer sera monté sur un cheval de 10 écus au moins, habillé d’une jaque à haut collet tenant lieu de gorgerin, avec bonnes manches ; il portera une cotte de mailles ou paletot de haubergerie dessous cette jaque qui sera de 12 toiles au moins dont 3 de toile cirée et 9 de toile commune. Il aura pour garantir sa tête une bonne salade sans visière ; il sera armé en outre d’un arc solide, d’une trousse pouvant contenir 2 douzaines et demie de flèches, d’une longue épée à deux mains, d’une dague tranchant des deux côtés et longue d’un pied et demi.

Le couleuvrinier et l’arbalétrier à pied porteront un haubergeon. Le piquenaire aura à son choix une jaque ou un haubergeon, et s’il choisit le haubergeon, il prendra aussi un glaçon.

L’homme d’armes à 3 chevaux, les 3 archers à cheval toucheront comme gages 15 francs de 32 gros le franc, soit 5 francs pour chacun des archers. Le couleuvrinier et l’arbalétrier auront chacun 4 francs par mois, et le piquenaire 2 patards par jour.

Les archers et coustilliers recevront du Duc, à la première montre, un paletot de deux couleurs, mi-partie bleu et blanc, à charge pour eux de continuer à se vêtir ainsi à leurs dépens. Ils pourront mettre sur ces paletots l’enseigne que leur capitaine portera sur ses étendards. Le Duc fera cadeau également aux hommes d’armes, à la première montre, d’une croix de Saint André de velours vermeil qu’ils mettront sur leurs harnois, et qu’ils devront continuer à s’en fournir de semblables par la suite.

Quand ces soldats auront été ainsi élus et choisis aux montres, le Duc leur donnera un chef pour les conduire : ce chef se nommera condutier ou conducteur. Le conducteur aura 9 hommes d’armes en sa chambre, et lui fera le dixième, et avec chaque homme d’armes, 3 archers à cheval, un couleuvrinier, un arbalétrier, un piquenaire. Sous lui seront aussi 9 dizainiers qui commanderont, chacun en sa dizaine, à 9 hommes d’armes et à 8 suivants par homme d’armes. Chaque dizaine formera deux chambres, l’une de 6 lances ou hommes d’armes, y compris le dizainier qui en sera le chef direct, et l’autre de 4 hommes d’armes parmi lesquels le plus capable sera chef, et portera aussi le titre de lieutenant du dizainier dont avec sa chambre il complètera la dizaine.

Le conducteur recevra pour son état, chaque mois, 100 francs de 32 gros, avec la paie de sa lance. Le dizainier aura pour son état 9 francs de la même monnaie, outre sa paie qui lui sera faite à piètres de 18 sols la pièce, au lieu de francs de 32 gros. Le chef de chambre, lieutenant du dizainier, sera payé aussi à piètres de 18 sols la pièce.

Quand ces gens de guerre logeront aux bonnes villes, ils auront le choix ou de prendre leurs logis aux hôtelleries, et les hôteliers seront tenus de les recevoir, ou hors des hôtelleries, du consentement de ceux chez qui ils voudront habiter. S’il n’y a pas d’hôtelleries en nombre suffisant pour les loger, et que les autres habitants s’y refusent, ils se logeront par l’avis et l’ordonnance des principaux officiers du Duc, et selon les lois de l’endroit. Ils prendront vivres au prix commun du marché, et s’ils commettent crimes ou délits, ils seront punis par la justice locale. S’ils veulent être logés aux hôtelleries, ils auront chambres, nappes, linges, pots, pellées, écuelles et autres ustensiles d’hôtel ; pour les 9 personnes de la lance ils auront 4 lits et leurs draps. Par lance fournie, ils paieront pour les 9 hommes et les 4 chevaux 34 patards par mois, et ils feront telle provision que bon leur semblera pour leurs vivres et celles de leurs chevaux. Quand il n’y aura que l’homme d’armes et les 3 archers, ils paieront par mois 27 patards. S’ils veulent être logés hors des hôtelleries, comme en maison de louage ou autrement, le Corps de la ville sera tenu de leur fournir lits, linges, nappes et autres ustensiles de ménage, sur inventaire, et s’ils en perdent, ils devront les payer.

Quand les gens de guerre changeront de logis, sur l’ordre du Duc, ils auront droit aux vivres dans les villages qu’ils traverseront, et les paieront au prix suivant : la chair d’un mouton, en rendant la peau et le suif, 4 patards et demi ; une poulaille 6 deniers ; un oison 6 deniers, un cochon 6 deniers. Ils paieront le boeuf et le veau au prix du lieu. En traversant le pays, ils auront logis pour eux et leurs chevaux, foin et paille, quant à l’avoine ils la prendront par mesures ou picotins, au prix qu’elle vaudra au lieu. Ils ne séjourneront en un logis que pour prendre un repas ou passer une nuit, et seront tenus de faire d’une traite deux journées raisonnables, 5 lieues au moins, 8 lieues au plus, par jour, et le 3e jour, ils séjourneront seulement si bon leur semble. Ils ne prendront en chaque logis que les vivres nécessaires sans rien emporter de plus.

Ils auront avec eux un commissaire qui veillera à l’exécution de tout celà, et qui, en cas de dommages, pillages ou rançonnements sur le peuple, s’adressera au trésorier ou à son clerc faisant le paiement, pour obtenir réparation sur les gages des auteurs de ces violences.

Quand le trésorier ou son clerc ira faire le paiement, il s’enquerra préalablement au logis des gens de guerre s’ils doivent quelque chose à leurs hôtes ou ailleurs, à cause de leurs dépenses, et en ce cas, il les paiera avant tout sur les gages des débiteurs. Lorsque lesdits gens de guerre voyageront par licence ou congé, ils perdront tous leurs avantages, et seront traités comme des voyageurs ordinaires.

Les congés devront être accordés de la manière suivante : le conducteur pourra les accorder pour un mois aux hommes des 9 lances de sa chambre ; à ceux sous les ordres des dizainiers, il ne pourra les leur accorder que sur la demande de ces derniers.

En cas d’absence du conducteur, le dizainier pourra accorder congé aux gens de sa dizaine. Ces congés n’excèderont point plus de 3 mois par an en temps de paix. En chaque compagnie de 100 lances, il ne sera donné congé à la fois qu’à 20 hommes d’armes. Les dizainiers et chefs de chambre devront demander leur congé au conducteur, celui-ci au Duc ou à son lieutenant général. S’il y a apparence de guerre ou de danger les congés cesseront, et il n’en sera plus accordé de nouveaux.

Le Duc nommera pour chaque compagnie un commissaire aux montres et revues. Ces montres et revues auront lieu de 3 mois en 3 mois, ou plus souvent s’il plaît au Duc, et elles se tiendront soit au lieu où sera cantonnée la compagnie, soit assez près pour que les soldats qui la composent puissent s’y rendre, les passer et retourner en leurs logis en un jour. Le trésorier des guerres ou le clerc qui y sera commis, sera tenu de faire les paiements aux lieux où se tiendront les gens de guerre, et à chacun en particulier ; ces paiements devront se faire de 3 mois en 3 mois, ou quand les montres et revues auront lieu ; en cas de guerre les paiements se feront de mois en mois.

Le Duc ordonnera pour chaque compagnie un notaire ou auditeur qui sera présent aux paiements, et en fera et expédiera les quittances pour l’acquit du trésorier. Les commissaires aux montres et revues feront prêter serment aux gens de guerre d’être bons et loyaux envers le Duc, de le servir envers et contre tous. Ils leurs feront jurer aussi que les chevaux, harnois et autres habillements qu’ils auront seront bien à eux, et qu’ils ne partiront du service, ni de la compagnie sans congé, ainsi que le Duc l’a ordonné. Il leur sera également demandé sous la foi du serment s’ils tiennent fief ou arrière-fief du Duc, et ceux qui en tiendront devront promettre d’entretenir les habillements nécessaires, et de faire faire pour ces terres les services qui seront ci-après ordonnés par le Duc, bien qu’ils soient de son ordonnance.

 

Publié dans : ordonnances militaires de 1471 |le 22 août, 2006 |Commentaires fermés

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