Advis fait par maistre Woulters

(Archives départementales du Nord, Lille ; B.3519 ; retranscription recettes de l’artillerie)

REDIGE VERS 1468

Premièrement pour mener une bombarde convient avoir en temps d’yver : 24 chevaux ; la bombardelle : 14 chevaux ; le courtault : 8 chevaux ; la grosse serpentine : 8 chevaux ; les trois Jaquemin et celle du Roy : 6 chevaux ; les 50 moyennes : 4 chevaux ; les 100 petites : 2 chevaux ; les petites maistre Guillaume : 2 chevaux ; 4 chevaux pour les pierres de bombardes pesant chacune 163 livres ; 4 chevaux pour celles pesant 75 livres ; 4 chevaux pour les 30 pierres de courtaulx ; un mortier et son affût : 4 chevaux ; pareilles pierres à celles de bombardes ; boulets de fer au nombre de 200 sur un chariot ; plommets à l’avenant ; 4 chevaux pour les caques de poudre ; 5 coffres d’arcs à 4 chevaux ; 4 chevaux pour 4000 flèches ; 4 chevaux pour 200 piques ; 4 chevaux pour 300 maillets ;  4 chevaux pour 200 fûts de lance ; pics et hoyaux à l’avenant ; de pics, hoyaux, coignées, fourches, pelles, serpes, il en faut bien de chacun 500 ; de tourteaux à fallots, lanternes, soufflets, etc, idem ; des queues à couvercle, idem ; la forge étoffée qu’il convient avoir, item ; 80 jaques à 4 chevaux ; salades, bonnets d’acier, viretons, 2 moulins sur un chariot, fours, 300 livres de cordail, ferrailles pour les ponts, le pont volant.

 

Publié dans : inventaires d'artillerie | le 25 août, 2006 |Commentaires fermés

Le pavois de Delft

DelftPavise1.jpgCe pavois, remarquablement conservé au Legermuseum de Delft est peint aux couleurs des compagnies d’ordonnance (1471-1477).

Le sens du bleu et blanc et la taille de la croix de Saint André permettent d’avoir une bonne idée de l’allure des paletots de livrée portés par les gens de ces compagnies.

Bois recouvert de cuir, pas de nervure centrale.

DelftPavise1.jpg

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Etat des parties d’artillerie que le Duc a ordonné être prêtes avant le 1er avril 1473

(Archives départementales du Nord, Lille, B.3519, transcription recette de l’artillerie)(1474)

Etat des parties d’artillerie que le Duc a ordonné être prêtes avant le 1er avril 1473, conformément aux marchés passés à cet effet et qui portent sur l’acquisition de : 200 vouges, 1600 maillets de plomb sans dague et sans picot, 1000 autres maillets de plomb avec dague, picot et crochet, 4000 piques ferrées, 600 épieux emmanchés, 600 fûts de javelines de bois de frêne, 1200 bâtons de frêne à faire chargeoirs pour les bâtons à poudre, 600 fûts de demi-lance dont 300 d’ozières et 100 de sapin, 800 louchets, 300 palots ferrés, 150 pelles de fer nommées seuppes, 300 pelles de bois, non ferrées, 800 pics et 600 hoyaux, 500 cognées de deux sortes, 300 fermens de deux sortes, la façon de 3030 arcs à main, fabriqués avec le bois acheté par le Duc s’élevant à 4300 quartiers de bois d’if, la réparation de 600 vieux arcs, l’achat de 1400 fers de flèche pour referrer les flèches de l’artillerie, celui de 4000 douzaines de flèches neuves, de 1000 douzaines de cordes pour arcs à main, de 600 livres de fil d’Anvers, la réparation de cent salades, 253 huvettes, 287 vouges, 623 fers de lance, 172 haubergeons, 172 gorgerins, 80 bonnets d’acier, 98 crefs, 17 moulins à bras, 50 vieux coffres d’arcs à main, l’achat de 100 nouveaux coffres d’arcs à main, de 50 queues à couvercle et 100 autres queues sans couvercle pour mettre ces flèches, cordes, cordail, viretons, de 50 petits tonnelets à mettre plommets pour serpentines, de 15 falots. Le rengrassier de 200 tourteaux de falots, l’achat de 180 nocquets pour servir aux huches des 80 chariots que l’on fait faire, la réparation de 200 pavois nervés conservés à Arras comprenant la nervure et la couverture de cuir, la peinture à l’huile, blanc et bleu avec la croix St-André rouge, l’achat de 120 pavois à potences et la réparation de 120 autres, l’achat de 4000 targettes à la façon de Lombardie, peintes de blanc et bleu avec la croix de St-André rouge et des fusils d’or et de couleurs, l’achat de 50 pavois nervés peints de noir pour servir à faire les approches, la réparation de vieilles tentes et des vieux pavillons, l’achat de 271 pavillons carrés, de 32 tentes, d’une maison de bois pour le Duc, de deux pavillons pour le duc de Bretagne, d’une étable pour ledit duc, de nattes pour les vieilles tentes, de cordail pour lesdites vieilles tentes, de 20000 chevilles de tentes, l’ouvrage de carrelier, de charpenterie pour manteaux, ponts et autres parties, de fondue, l’achat de pierres, de dés de fer pour mettre es plommets, la façon des plommets, l’achat en janvier 1473 [1474 n.st.] de 2290 quartiers d’arcs, la fabrication d’un boulevard de bois, de 80 chariots à huches, l’achat de salpêtre de Naples cru, idem d’Allemagne raffiné, de chandelles de suif et de cire ouvrée, de 24 caques de poudre pesant environ 7200 livres ; l’ensemble des dépenses monterait la somme de 20667 livres, 2 deniers ;

le Duc a ordonné, en outre, de faire faire, à raison de 20 pavillons pour 100 lances et d’un pour le conducteur, 336 pavillons dont la dépense s’élèverait à 2804 livres et, pour chaque compagnie de 100 lances, 101 étables, chacune pour six chevaux ; ce qui donne pour les 16 compagnies 1616 étables dont le prix, à raison de 20 livres par étable, s’élèvera à 32320 livres.

 

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L’estat de la maison du Duc Charles de Bourgongne (extrait)

TEXTE REDIGE EN 1474, A NEUSS PAR OLIVIER DE LA MARCHE, CHEVALIER ET CAPITAINE DES GARDES DU DUC.

Le duc à mille deux cens hommes d’armes en ses ordonnances, compté chascun homme d’armes à tels gages qu’à coustilliers armez : et dessoubs chascun homme-d’armes y a trois archers à cheval, et d’abondance pour chascun homme-d’armes y a trois hommes de pied armez, arbalestriers, colevriniers et picquenaires : ainsi font huict combattans pour une lance ; mais les gens de pied ne sont pas gouvernez par les gens de cheval.

Et pour gouverner icelle compaignie qui monte à dixhuict mille combattans, à prendre les conducteurs, lieutenans et autres archers, qui sont outre nombre, huict combattans pour lance, et sont iceux payez et comptez tous les jours à la souldée du prince par la main du trésorier des guerres : je monstreray, par la conduite de cent lances, comment se gouvernent tous les autres, et semblablement ceux de pied.

En chascune cent lances y a un conducteur soubs qui respond icelle compaignie, et se nomme conducteur, pource que le duc veut estre seul capitaine de ses gens, à en faire et ordonner son bon plaisir. Et pour entresuyvre ce propos, nous parlerons de la forme et manière comment le duc cree les conducteurs, puis apres de leur conduite ; et m’en abregeray le plus que je pouray, pource que le duc Charles, qui a ses ordonnances mis sus à labeur si notablement en sa personne, et faict mettre par escrit les ordonnances de sa guerre si bien et si notablement, et a tous misteres esclarcy en telle forme et maniere, que mon escriture ne me sembleroit que temps perdu, et lesquelles ordonnances sont portées en Angleterre, et si besoin est sont recouvrables pardeçà, toutes et quantes fois que besoing sera : parquoy je m’en passe pour abreger, et parferay ce que j’ay dict.

Le duc renouvelle tous les ans les conducteurs de ses ordonnances, comme il est escript en sesdits ordonnances ; et contre le temps que sesdicts conducteurs se doivent renouveller, iceux conducteurs viennent ou envoyent devers le duc, selon leurs affaires, et selon la charge qu’ils ont ; et en iceluy temps ceux qui desirent d’avoir charge de conducteur pour l’année advenir se tirent devers les secretaires qui sont ordonnez pour la guerre, et ils enregistrent et mettent en memoire : et en temps ordonné ils apportent icelles memoires au duc, qui les retient par devers luy par certains jours et à son bon plaisir ; et selon les recommandations des merites d’un chascun, il poinctie ceux à qui il veut donner la charge de conducteur, et à la fois de ceux qui l’estoyent paravant, et à la fois non, et les fois par noms de compaignie, dont l’une s’appelle la première compaignie, l’autre la seconde, et ainsi jusques à la vingtdeuxiesme : et par ce moyen sçavent les conducteurs en quelle compaignie ils doivent aller quand ils ont le don. Et au jour ordonné, il mande par un huyssier d’armes les conducteurs qu’il a choisi, et les faict venir en une sale en laquelle le duc sied en chayere parée, comme à prince appartient ; et là sont les seigneurs du sang, le conseil, et les nobles de la maison, et sont là presens ceux qui paravant ont esté conducteurs. Et le duc par son chambellain faict dire la cause pourquoy il se contente des conducteurs passez ; et si grandes causes survenoient de parler à aucun particulierement, en soy contentant ou non contentant, le duc feroit dire publiquement, pour rendre à chascun merite selon sa desserte. Et n’ay point veu que le duc n’ayt deschargé les conducteurs de leurs charges, à leur tresgrand honneur et recommandation. Et apres iceux estre deschargées, le duc faict parler à ceux qu’il a choisi pour l’année, et leur faict lire les ordonnances qu’il faut à la conduicte de la guerre : et apres la lecture d’icelle, il faict appeller devant luy chascun conducteur particulierement l’un apres l’autre, et publiquement baille à un chascun deux choses. Premierement le livre de ses ordonnances richement faict et escript, et couvert de velours, en moult honneste vollume, sellé du grand seau en cyre verde, et en lacs de soye ; et en luy baillant, parlant le duc par sa bouche, il dict : « Vous, tel, je vous fays conducteur pour l’année de telle compaignie de cent lances de mes gens-d’armes. Et afin que vous sçachez, entendez et ne puissiez ignorer comme j’entens le faict de mes gens-d’armes, et de la guerre estre conduicte et gouvernée, je vous baille les ordonnances que j’ay sur ce faictes et ordonnées, et vous commande de les estroittement tenir et garder, selon le contenu en icelles » et puis prend le duc un baston qu’on appelle baston de capitaine, et est iceluy baston couvert de bleu entortillé de blanche soye, qui sont les couleurs du prince, et baille le baston au conducteur, et luy dict : « Affin que vous soyez obey, et plus puissant sur ceux dont vous avez par moy charge, et que vous puissiez entretenir et faire entretenir mes ordonnances et faire mes commandemens, je vous baille le baston pour avoir la main forte sur voz gens, et vous donne en effect de les gouverner et punir par telle autorité que moymesmes. »

Et sur ce reçoit le conducteur le serment de faire et entretenir les ordonnances du prince, et selon le contenu d’icelles ; et ainsi l’un apres l’autre crée le duc de Bourgongne ses conducteurs, et sont tenus de renvoyer icelles ordonnances et le baston à la fin de l’année pour les bailler à celuy à qui il plaira au duc d’y ordonner ; et se tire chascun en la compaignie à luy ordonnée.

En chascune compaignie de cent lances y a quatre chefs d’esquadre, dont l’un est ordonné par le duc, et y met communément un des escuyers de son hostel ; et n’ay guerres veu que le conducteur ne face d’iceluy son lieutenant, combien qu’il le peut faire d’un autre s’il luy plaist ; et au regard des autres chefs d’esquadre, le conducteur les peust choisir à son bon plaisir : et soubs chascun chef d’escadre y a quatre chefs de chambre, lesquels chefs de chambre le chef d’esquadre peut nommer et choisir, sans ceux de son esquadre, à son bon plaisir. Soubs chascun chef de chambre a cincq hommes d’armes, qui sont en chascune des chambres, à prendre le chef de chambre et les hommes d’armes : soubs luy sont six hommes d’armes. Ainsi sont vingtquatre hommes d’armes, et le chef d’esquadre ; et ainsi par quatre chefs d’esquadre trouverons cent lances soubs le conducteur : chascun homme d’armes a soubs luy trois archers à cheval, ainsi sont trois cens archers en chascune compaignie, et chevauchent chascun cent lances en huict esquadres, c’est à sçavoir les archers en quatre esquadres, et en chascune esquadre d’archers septante cinc archers ; et sont conduits iceux archers par un homme d’armes principal en chascune esquadre, au regard et à la devise du chef d’icelle esquadre ; et chevauche le guidon des archers au front devant la premiere esquadre, et pareillement l’estendart des hommes d’armes au front de la premiere esquadre des hommes d’armes.

Or nous faut deviser de l’estat des gens de pied, lesquels sont conduits par un chevalier chef de toutes gens de pied, et soubs qui respondent tous les chefs d’iceux gens de pied. Sur chascune compaignie de trois cens pietons a un capitaine, homme d’armes à cheval, et port-enseigne et guidon ; et sur chascun cent hommes a un centenier homme d’armes à cheval, qui porte autre plus courte enseigne, et respondent iceux centeniers aux capitaines dessus nommés ; et outre plus, en chascun trente et un hommes, l’un est trentenier, à qui respondent tous les autres, et marchent par compaignies, et par ordre du capitaine de centeniers et de trenteniers, et communement sont gardes de l’artillerie et du charroy. Et pour les raisons devant dictes, je me passeray à deviser des ordonnances sur ce faictes ; et combien que j’ay mis en escript le nombre des hommes d’armes, archers à cheval, et gens de pied des ordonnances de monsieur de Bourgongne, et j’aye devisé les gens-d’armes, et qu’ils sont tousjours prests et armez les uns comme les autres, où vous trouvez en nombre plus de vingt mille combattans, toutesfois n’est encores tout le nombre de ses gens d’armes comptez, journellement prests et en point : car de nommer outre et pardessus le nombre dessusdict, il a fourny sa maison de douze esquadres d’archers d’Angleterre, lesquelles douze esquadres sont conduites par douze hommes d’armes anglois, par la maniere qui s’ensuit.

Premierement, le duc a ordonné un escuyer pour conduire quarante archers pour l’esquadre de la chambre : et est à entendre deux archers pour chascun homme de sa chambre, qui sont vingt hommes d’armes, à prendre l’escuyer et les quatre sommeliers, comme dit est. La seconde esquadre est de quatre-vingt hommes, pour les quarante archers tousjours compter, et les departir en la maniere dessusdit. Item, quatre autres esquadres chascune de cent archers, pour les quatre estats des escuyers ; pour chascun estat, qui sont cinquante hommes, deux archers ; et pource cent archers pour chascune esquadre. Item, et pour renforcement de la garde, sont ordonnez quatre esquadres de quarante archers pour chascune esquadre, qui pareillement est à entendre deux archers pour chascun homme d’armes, et sont trente hommes d’armes en chascune esquadre. Et puis que nous avons devisé des gens d’armes ordinaires, il faut deviser de l’artillerie, laquelle est une merveilleuse despense, et grande.

L’artillerie se conduit soubs un chevalier qui se nomme maistre de l’artillerie, lequel a telle auctorité, qu’il doit estre obey en son estat comme le prince ; il a soubs luy le receveur qui paye les officiers, et les pouldres, les canons, les forges et les pionniers, les chartons, et tous les ouvraiges qui se font a cause de l’artillerie ; et certes la despense qui passe par ses mains monte par an plus de soixante mille livres ; et devez sçavoir que en la pluspart des armes du duc il meine avec luy, pour le fait de l’artillerie seulement, plus de deux mille chariots, les meilleurs et plus puissans que l’on peut trouver en Flandres et en Brabant ; et certes le duc peut avoir trois cens bouches de l’artillerie, dont il se peut ayder en bataille, sans les harcquebusses et coulevrines, dont il en a sans nombre. En l’artillerie est le controlleur qui tient par ordre et par escript le conterolle, de toute la despence faicte et payée de toute la provision de l’artillerie, comme d’arcs, flesches, arbalestres, de trait, de baston à main, de cordes, et toutes autres choses necessaires appertenant à iceluy estat ; là est le maistre des oeuvres, carpentiers, marisschaulx, forgeurs, et toutes manieres de gens. Et quand le duc est devant une ville, il faut asseoir les bombardes : il convient pour chascune bombarde un gentilhomme de son hostel pour la conduite d’icelle bombarde, et la suyt, qui est ès mains du bombardier. Et est l’artillerie estoffée et garnie de toutes choses : tellement que le duc ne se soussie point à passer rivieres de mille pieds en peu de temps, si besoin est ; et est puissant et fort pour passer la plus grande bombarde du monde.

Le maistre de l’artillerie a prevost en son artillerie, lequel a jurisdiction et auctorité de justice sur ceux de l’artillerie, et en peut faire justice criminelle ou civile, telle qu’il luy plaist ; et n’est pas à oublier le faict des tentes et pavillons, qui est une somptueuse chose, et se conduit par un gentilhomme qui a la charge d’iceluy estat, et meine aux despens du prince plus de quatre cens chariots puissamment attellez ; et se comptent iceux chariots soubs la despence de l’artillerie. Et certainement le duc delivre pour sa compaignie bien mille tentes et mille pavillons, à prendre pour ambassadeurs et estrangiers, pour la maison du duc, pour ses serviteurs et gens-d’armes : et à chascun voyage le maistre des tentes a nouvelles tentes et nouveaux pavillons aux despens du prince ; et monte icelle despence, à prendre toille et ouvrages seulement, plus de trente mille francs.

Or ne suffit-il d’avoir seulement devisé de ce grand nombre de gens-d’armes à cheval et à pied, et de ce grand nombre de chariots, qui est une chose merveilleuse : car combien que le duc donne à tous argent particulier pour tous sommiers, et merveilleux nombre de chariots et charettes pour leur nécessité, pour ce que le duc faict communement durer la guerre en temps d’hiver aussi bien qu’en temps d’esté, pource faut il plus de provisions contre les froidures, et autres necessitez. Et ne suffiroit point qui ne deviseroit par quelle maniere et par quel ordre se loge iceluy grand ost. Le duc a pour son grand principal officier le mareschal de Bourgogne, lequel a telle preeminence, qu’il prend droit de mareschal sur tous gens-d’armes, mais non point és gens-d’armes des ordonnances ; et se nomme ledit mareschal de Bourgongne pour un mareschal de France, et prend droit avec comme les autres, et ce de toute ancienneté ; et se conduit le fait de la guerre par sa main avant tous les autres, et doit estre à l’avantgarde du prince comme le principal. Et toutesfois si le prince mettoit en l’avantgarde aucun prince de son sang, le mareschal luy seroit per et compaignon touchant ladicte avant-garde ; et en l’absence dudit mareschal de Bourgongne se faict un mareschal de l’ost, qui est son lieutenant, lequel conduit les matieres de guerre, et prent les droits de mareschal, et ordonne les commissaires comme si luy mesmes y estoit ; et sont, soubs ledit mareschal ou son lieutenant, les mareschaux des logis et de l’hostel, et par ledit mareschal de logis est logée ceste grande armée.

Le mareschal du logis, quand le prince doit prendre logis nouveau, il doit faire sonner sa trompette, et doit avoir enseigne desployée ; et à luy se doivent assambler le mareschal de l’hostel, et tous les fourriers de toutes les compaignies, soit de pied ou de cheval ; et doivent chevaucher en ordre et en bataille soubs la conduite dudit mareschal ; et quand ils sont prests à loger, il peut faire arrester les compaignies avec son enseigne, et prendre avec luy le mareschal et ceux qui luy plaist, et là adviser le pays et le logis ; et depart les quartiers pour l’avantgarde, pour la bataille et pour l’arrieregarde ; et ainsi conclud, assiet l’artillerie, et luy baille place.

Par ceste maniere ceste grande armée logée, le mareschal de l’ost doit visiter advenues, et mettre en ordre les escoutes et guets ; et doit soigner le mareschal ou son lieutenant d’enquerir et sçavoir des passages du pays, et doit avoir des guides avec luy pour guider l’armée ; et peut appeller devant luy du grand conseil et du parlement, ou autre jugement pour matiere de guerre, et qui touche le faict de la guerre, dont il peut juger : et de luy l’on ne peut appeller. Et je certifie que j’ay experimenté les faits de la noble maison de Bourgongne plus de trente ans, et que j’ay bien calculé et debattu à quelles sommes de deniers peut venir et monter la grande despence dont j’ay icy devant faict mention ; et certes je treuve que par an monte icelle somme de despence bien environ deux millions bien payez et comptez, chascun selon son estat et vacation à quoy il est appellé.

 

Publié dans : L'armée bourguignonne en 1474 | le 24 août, 2006 |Commentaires fermés

Ordonnance de St Maximin de Trèves, octobre 1473

(retranscription et commentaires par M. de la Chauvelays)

(Le Duc commence par révoquer le pouvoir donné aux conducteurs et aux dizainiers de l’ancienne ordonnance).

En chaque compagnie il choisira pour conducteur un homme de grande autorité, sage, prudent et expert en armes qui sera nommé pour un an, sans que son pouvoir puisse être continué à la fois pour une durée plus longue que ce laps de temps. Ce conducteur devra tenir un registre où seront inscrits tous les hommes d’armes, archers et coustilliers de la compagnie, et les lieux de sa résidence. ceux qui voudront être conducteurs pourront adresser à ce sujet, chaque année, une requête écrite au Duc le jour de l’an et les jours suivants, jusqu’au jour des Rois y compris. Ce jour de l’an, l’ancien conducteur sera tenu de rapporter lui-même au Duc, sauf le cas de maladie ou d’autre excuse légitime, le bâton de commandement et les présentes ordonnances qui lui auront été données pour son instruction, ainsi que le registre où seront inscrits les noms des gens de sa compagnie, pour montrer l’état dans lequel il la laisse. Le lendemain du jour des Rois, le Duc fera son choix des conducteurs, dont le commandement sera réputé commencé le 1er janvier. Le jour d’après, c’est-à-dire le 8 janvier, il en fera l’institution, et pendant ce temps les compagnies seront gouvernées par les chefs d’escadre dont il va être fait mention.

Les conducteurs, après leur institution, et dès qu’ils seront arrivés en leur compagnie, la partageront en quatre escadres égales, et à trois d’entre celles-ci ils nommeront des commandants appelés chefs d’escadre, qui tiendront registre des hommes d’armes et gens de trait de leur escadre. ils pourront choisir l’un où bon leur semblera, pourvu qu’il soit sujet du Duc ; ils devront prendre les deux autres en leur compagnie. La nomination faite, ils enverront ces trois chefs d’escadre vers le Duc pour qu’il en reçoive le serment. Le quatrième chef d’escadre sera choisi et nommé par le Duc. De l’un de ces quatre chefs d’escadre le conducteur pourra faire son lieutenant. Chaque chef d’escadre aura une cornette d’enseigne et couleur semblables à celle du conducteur. Celui-ci pourra punir et même destituer les trois chefs d’escadre nommés par lui, s’ils le méritent, en faisant connaître au Duc la cause de leur destitution, et en lui donnant des garanties de la capacité de ceux qu’il aura choisi à leur place, et cela le plus tôt possible. Quant au quatrième chef d’escadre, à celui nommé par le duc, il sera également tenu d’obéir au conducteur, en tout ce qui concerne son service dans la compagnie. Toutefois le conducteur ne pourra le destituer, mais si ce chef d’escadre commet une faute méritant destitution, il en informera le Duc qui décidera. Si cependant cet officier se rend coupable d’une grande désobéissance envers son supérieur, en l’absence du Duc, le conducteur le pourra suspendre, et en mettre provisoirement un autre à sa place, jusqu’à ce que le Duc averti ait ordonné à ce sujet.

Chaque chef d’escadre divisera son escadre en quatre parties, et sur chacune il établira un chef de chambre choisi dans son escadre et non ailleurs, qui aura sous lui la charge et conduite de 5 lances et de leurs archers, dont il tiendra registre. Chaque chef de chambre portera à sa salade une banderolle correspondant comme couleur et enseigne à la cornette de son chef d’escadre. Le chef d’escadre sera tenu d’avoir élu ses 4 chefs de chambre quatre jours après sa nomination, et après avoir prêté serment. Les chefs de chambre prêteront aussi serment entre les mains du commissaire du Duc.

Les enseignes des divers conducteurs seront de couleurs différentes. Les cornettes de chaque compagnie seront de couleur semblable. La première portera un grand C en or, la deuxième aura deux CC, la troisième trois CCC et la quatrième quatre CCCC. Les banderolles des chefs de chambre seront de même couleur que les cornettes de leur escadre. En la première banderolle de la première cornette sera mis un C d’or et au-dessous un 1 ; en la deuxième banderolle sera mis un C et au-dessous un 2 ; en la troisième un C et au-dessous un 3 ; en la quatrième un C et au-dessous un 4. Les banderolles de la seconde cornette ou escadre porteront toutes les quatre deux CC, et au-dessous les numéros 1,2,3,4 selon les chambres. Les banderolles de la troisième escadre porteront toutes trois CCC, et au-dessous, selon les chambres, les numéros 1,2,3,4. Les banderolles de la quatrième escadre porteront quatre CCCC, et selon les chambres les numéros 1,2,3,4.

Les chefs d’escadre auront autorité sur leurs chefs de chambre, et les pourront punir et destituer, s’ils le méritent, en faisant connaître au conducteur la cause de cette destitution. Ils pourront également en instituer de nouveaux à leur place, en donnant au conducteur des preuves de la capacité des institués. Au défaut des chefs d’escadre le conducteur pourra punir directement les chefs de chambre, selon l’exigence des cas et leurs démérites. Les conducteurs auront droit chaque année, lors de leur institution, de changer leurs escadres, et mettre les hommes d’armes et archers d’une escadre en l’autre, si bon leur semble, et aussi d’en introduire de nouveaux, si la compagnie n’est complète. Egalement à leur institution les chefs d’escadre pourront opérer les mêmes changements dans les chambres de leur escadre.

L’armure des hommes d’armes n’est pas modifiée ; toutefois à leur estoc raide et léger, à leur lance, à leur couteau taillant pendant au côté gauche, ils ajoutent la masse à une main pendant au côté droit.

(l’armure des coustilliers et des gens de trait à cheval reste la même).

(Les points de discipline réglés par l’ancienne ordonnance sont maintenus génértalement, en les faisant concorder avec la nouvelle division adoptée).

Pour déloger, le conducteur doit faire sonner trois fois sa trompette. A la première sonnerie chacun troussera son bagage, s’armera et se tiendra prêt à monter à cheval. A la deuxième tous les gens de trait à cheval doivent se réunir à leur homme d’armes ; celui-ci avec ses gens de trait se rendra, avant de quitter son quartier, au logis de son chef de chambre, lequel avec sa chambre d’hommes d’armes et de gens de trait à cheval, se rendra sous la cornette de son chef d’escadre. ce dernier, à la troisième sonnerie, se dirigera avec sa troupe d’hommes d’armes et de gens de trait, au lieu où le conducteur aura annoncé qu’il placera son enseigne, et là il se rangera en l’ordre fixé par son chef.

Pour le rôle des hommes de la compagnie, il doit être transmis par l’homme d’armes, en ce qui concerne sa lance, à son chef de chambre ; par le chef de chambre, pour sa chambre, à son chef d’escadre ; et par le chef d’escadre, pour son escadre, au conducteur qui fera un rôle général de sa compagnie, et en enverra le double au Duc. Le conducteur saura ainsi facilement si sa compagnie est au complet, quand il mettra son enseigne aux champs, et connaîtra si chaque chef d’escadre et de chambre tient sa troupe au complet. A ce sujet l’homme d’armes répond de sa lance, le chef de chambre de sa chambre, le chef d’escadre de son escadre ;( le tout selon les peines établies par l’ancienne ordonnance étendues de manière à les rendre applicables à la nouvelle organisation).

De même l’homme d’armes sera tenu de prévenir son chef de chambre de l’augmentation ou diminution de saance ; celui-ci avertira son chef d’escadre de l’augmentation ou diminution de son escadre, et le chef d’escadre tiendra au courant son conducteur de la situation de son escadre.

(Pour prendre logis, il n’y a d’autre modification à l’ancienne ordonnance si ce n’est qu’ici, pas plus qu’en aucune partie de la nouvelle, il n’est question des gens de pied ; et qu’il faut toujours tenir compte de la nouvelle division. Après le logement établi, ce seront maintenant les chefs d’escadre qui iront prendre les ordres du conducteur de la même manière qu’auparavant les dizainiers).

(L’article des congés subit quelques modifications). L’archer ou arbalétrier doit le demander par écrit à son homme d’armes, en donnant les causes pour lesquelles il le désire, et la durée qu’il lui voudrait. L’homme d’armes si la requête lui semble raisonnable la transmettra au chef de chambre, qui la transmettra au chef d’escadre sous les mêmes conditions. Ce dernier, si les causes lui semblent raisonnables et suffisantes, la fera parvenir à son conducteur qui la signera, si bon lui semble, et la remettra au chef d’escadre ; celui-ci la signera et la donnera au chef de chambre qui la signera également, et la remettra à l’homme d’armes qui la signera aussi, et la rendra audit archer ou arbalétrier. Ceux qui auront obtenu ces congés seront tenus de les montrer avant leur départ au commis du trésorier des guerres, qui sera placé en la compagnie, pour qu’il les enregistre. Ils l’avertiront à leur retour pour se faire rayer de son registre. S’ils ont excédé le temps de leur congé, le temps qu’ils auront pris en plus demeurera au profit du Duc, et ils resteront en outre rayés pour le même laps de temps, après leur retour. on ne pourra donner congé à la fois qu’à 5 hommes d’armes et à 15 archers par escadre en temps de paix, et en temps de guerre à 2 hommes d’armes et à 6 archers, jusqu’à ce que le Duc le défende. l’homme d’armes à son départ laissera son meilleur cheval, son harnois et son habillement de guerre, et l’archer tout son habillement de guerre. Les congés se donneront de la même manière aux hommes d’armes, chefs de chambre et chefs d’escadre, chacun à son degré, et en observant la hiérarchie qui les sépare du conducteur. toutefois quand les gens de guerre seront en campagne et sous les ordres du Duc ou d’un capitaine ayant ses pouvoirs, les conducteurs ne pourront signer ces congés sans l’ordre du prince ou de son lieutenant. (La répression des infractions à cet article aura lieu, comme en l’ancienne ordonnance, en substituant la nouvelle hiérarchie à l’ancienne).

Pour connaître ces infractions, le chef de la lance, le chef de chambre, le chef d’escadre doivent, selon leur degré, se prévenir les uns les autres, et le chef d’escadre prévenir le conducteur sous peine pour chacun d’eux de perdre, en cas de désobéissance à cet ordre, 8 jours de leurs gages au profit de leur supérieur immédiat.

(La punition des crimes, délits ou contraventions des gens de guerre des compagnies aura lieu, comme en l’ancienne ordonnance, en substituant également la nouvelle hiérarchie des hommes d’armes, chefs de chambre, chefs d’escadre et conducteurs à l’ancienne hiérarchie des hommes d’armes, dizainiers et conducteurs. A part celà tout reste réglé comme autrefois, y compris la concurrence des autorités civiles et locales avec les autorités militaires, pour la répression de ces crimes et délits, dans les cas prévus par l’ancienne ordonnance, en tenant toujours compte de la nouvelle hiérarchie). Le conducteur prendra la moitié du dixième denier sur le butin de ses quatres escadres, le chef d’escadre le quart de ce dixième denier, sur les gens de son escadre, et le chef de chambre le quart aussi sur ceux de sa chambre, seulement quand ils auront été présents au lieu où aura été conquis le butin.

(La manière de vivre en garnison ou en route est la même qu’aux deux ordonnances précédentes. La différence des droits de l’homme de guerre, lorsqu’il voyage en service ou par congé, y est réglée comme en 1471 et en novembre 1472).

Les gens de guerre ont coutume de contraindre leurs hôtes à aller leur chercher du vin et autres choses hors de leurs hôtels, et ne se contentent point de ce qu’ils ont. Le Duc veut remédier à cet abus et exige que s’ils veulent avoir quelque chose qu’il faille aller chercher hors des maisons où ils logent par billet, ils doivent donner argent pour celà.

(Le paiement se fait comme dans les anciennes ordonnances) L’archer ou l’arbalétrier à cheval recevra 3 sols par jour, l’homme d’armes 18 francs par mois, le chef de chambre 15 pietres et 3 francs par mois, le chef d’escadre 33 francs par mois.

Les conducteurs pourront choisir des gens de guerre pour remplir les places vacantes par mort, par destitutions ou autres causes, pourvu que ces soldats soient gens experts en guerre et honorables. ces derniers ne seront toutefois réputés de la compagnie qu’après avoir été passés à montres et reçus comme suffisants par le commisaire choisi par le Duc. en ce cas, ils seront retenus par lui de l’ordonnance et payés de la dite retenue. S’ils sont refusés, ils seront néanmoins payés du jour où le conducteur et le commis du trésorier des guerres certifieront qu’ils ont été enrôlés jusqu’au jour de la montre.

En cas de mort, les héritiers et exécuteurs des trépassés toucheront la paie du temps qui sera due pour le service de ceux-ci, sur certificat du conducteur et du chef d’escadre, après avoir toutefois payé primitivement les dettes du mort.

Le Duc défend, sous peine d’encourir son indignation, que nul ne prenne ou retienne en sa compagnie les hommes d’armes ou archers d’une autre compagnie. Avant d’accepter aucun homme de guerre, les conducteurs devront demander s’il a été autrefois de l’ordonnance, et s’ils apprennent qu’il en a été, ils s’assureront de sa personne et avertiront l’ancien conducteur, pour savoir les causes qui ont fait quitter à ce soldat sa compagnie.

S’il est parti sans congé, ils le renverront à ce conducteur pour qu’il le punisse. S’il est parti pour autre cause ou que son conducteur l’ait renvoyé, ils s’assureront aussi de sa personne, et avertiront le Duc des causes de son départ ou de son renvoi. Si le conducteur trouve qu’il n’a point méfait, mais est parti du consentement et bon gré de son ancien conducteur, il en avertira aussi le Duc pour qu’il ordonne à son gré. Le Duc exige que ses conducteurs, chefs d’escadre, chefs de chambre, non-seulement obéissent les uns aux autres, selon leur grade, mais se soutiennent les uns les autres pour se faire obéir de leurs gens. Car le Duc s’en prendra à eux s’ils ne maintiennent pas la discipline parmi leurs soldats.

Afin de rendre ses gens de guerre habiles et exercés aux armes, et qu’ils soient instruits en cas de besoin, le Duc ordonne que les conducteurs, chefs d’escadre et de chambre, lorsqu’ils seront en garnison ou qu’ils auront le loisir de ce faire, mènent quelquefois aux champs partie de leurs hommes d’armes armés tantôt du haut de l’armure seulement, d’autres fois de toutes pièces. Ils les exerceront à courre la lance, et à se tenir en la courant joints et serrés, à charger rapidement, en gardant leurs enseignes, à se disperser au commandement, à se rallier en se secourant l’un l’autre et en la manière de soutenir une charge. Les mêmes officiers conduiront aussi à l’exercice les archers avec leurs chevaux, pour les accoutumer à mettre pied à terre, et à tirer à l’arc. Ils leur feront apprendre la manière d’attacher et d’abrider leurs chevaux ensemble en les faisant marcher après eux de front derrière leur dos, en attachant par la bride les chevaux de 3 archers aux cornes de l’arçon de la selle du page aux ordres de l’homme d’armes, chef de leur lance. Ils les instruiront en outre à marcher vivement de front, à tirer sans se rompre. Ils feront avancer les piquenaires en front serré devant les archers ; ils habitueront les piquenaires à mettre genou en terre au signal, en tenant leurs piques baissées à la hauteur des arçons des chevaux, afin que les archers puissent tirer par dessus eux comme derrière un mur. Si les piquenaires voient les ennemis se mettre en désordre, ils se tiendront prêts à leur courir sus, aussitôt l’ordre reçu. Ils devront aussi leur apprendre à se mettre dos contre dos, à double défense, en ordonnance carrée ou ronde, et toujours les piquenaires hors les archers, serrés pour soutenir la charge des cavaliers ennemis, en enfermant au milieu d’eux les pages et les chevaux des archers. Les conducteurs pourront d’abord commencer ces exercices par petits groupes, et quand un de ces groupes sera instruit, ils en prendront en autre. En ce faisant, ils auront l’oeil sur leurs gens, qui n’oseront s’absenter et se démunir de leurs chevaux et harnois, parce qu’ils ignoreront le jour où les conducteurs les voudront mener à l’exercice. Chacun sera ainsi contraint de faire son devoir, et sera plus habile en cas de besoin.

Attendu qu’une grande quantité de femmes suit les compagnies d’ordonnance ; que les gens de ces compagnies en tiennent un certain nombre comme leurs propres femmes et à leurs frais, le Duc défend dorénavant à tous les conducteurs présents et à venir que nul d’entre eux ne souffre plus de 30 femmes à la suite de sa compagnie, et ne permette à l’un de ses hommes d’en avoir une comme sienne, ainsi que celà s’est passé jusqu’à ce jour. Le Duc défend à ses soldats tout blasphème, toute malédiction.

(Les serments des gens de guerre seront semblables à ceux des ordonnances précédentes ; toutefois les conducteurs en prêteront un bien plus complet).

Chaque année à leur institution, ils jureront de bien et loyalement servir le Duc envers et contre tous au dit état de conducteur, d’obéir exactement à tout ce qu’il leur ordonnera et commandera, ou fera ordonner et commander par capitaines et autres chefs de guerre, généraux ou particuliers, qui à ce seront par lui commis. Ils feront serment aussi d’exécuter la guerre sans dissimulation, à l’honneur, utilité du Duc et de sa maison, à la défaite de ses ennemis ; de lui révéler tout ce qui viendrait à leur connaissance touchant son honneur, état, profit et dommage ; de garder ses pays et sujets de toute attaque et oppression. Ils jureront aussi d’empêcher, selon leur pouvoir, lesdits gens de guerre de renier le nom de Dieu, de faire vilain serment et de jouer aux dés. Ils promettront de la même manière de faire exécuter les dites ordonnances de point en point par les chefs d’escadre, chefs de chambre, hommes d’armes et archers ; de rapporter chaque année en personne, à moins de maladie ou d’excuse légitime les empêchant de venir, auquel cas ils devront les envoyer, le bâton de commandement, les présentes ordonnances et le registre de leurs gens de guerre.

Les chefs d’escadre feront un serment à peu près semblable, et jureront aussi d’obéir au conducteur, et de le faire obéir par leurs gens. Les chefs de chambre ajouteront au serment des chefs d’escadre, celui d’obéir à ces derniers, et de les faire obéir par leurs gens.

 

 

Publié dans : ordonnances militaires de 1473 | le 23 août, 2006 |Commentaires fermés

Ordonnance de Bohain en Vermandois, 13 novembre 1472

(Retranscriptions et commentaires par M. de la Chauvelays)

Les compagnies seront fournies de 1200 hommes d’armes [accompagnés chacun d'un page monté et d'un coustillier], de 3000 archers, 600 cranequiniers à cheval, de 1000 archers à pied, 2000 piquenaires et 600 couleuvriniers.

(Pour l’armure de l’homme d’armes il y a peu de modifications) Toutefois celui-ci peut, s’il le préfère, substituer à la salade à bavière l’armet ou heaumet.

Les trois chevaux de l’homme d’armes : l’un doit être assez fort pour courre et rompre la lance, les 2 autres : ceux du coustillier et du page, ne pas être d’un prix inférieur l’un à 30, l’autre à 20 écus.

Le coustillier portera brigandine ou corset fendu aux côtés à la manière d’Allemagne, gorgerin, salade, flancars, faltes ou braies d’acier, avant-bras à petites gardes et gantelets.

(Le costume des archers à cheval est peu différent de celui de l’ancienne ordonnance)

La jaque qui couvre le paletot de haubergerie sera de 10 toiles (au lieu de 12), ils joindront à leur armure, demi avant-bras à petites gardes et manches d’acier pendant jusqu’au coude, assez larges pour ne point les gêner lorsqu’ils tireront. Ils porteront des houseaux ronds, sans pointes, afin que, lorsqu’ils descendront, les pointes ne les empêchent de marcher légèrement. Les arbalétriers et cranequiniers à cheval auront brigandine ou corselet comme les coustilliers, demi avant-bras à petites gardes, manches d’acier, gorgerin, salade, épée, semblables à ceux des archers à cheval. Le cheval ne doit pas être d’une valeur moindre de 20 francs.

Le costume des archers à pied sera à peu près pareil à celui des archers à cheval ; ils s’armeront d’une longue et large dague à deux tranchants, d’un maillet de plomb à deux dagues, à la façon de l’artillerie, pendu par un croc à la ceinture derrière le dos, de l’arc et de la trousse. Les couleuvriniers auront le haubergeon à manches, et plastron devant s’ils le peuvent, gorgerin et salade, dague et épée tranchantes à une main. Les piquenaires porteront jaquette de haubergerie à manches et plastron, au bras droit sur la maille des lames de fer à petites gardes, au bras gauche ils n’auront que la manche du haubergeon, afin de porter plus aisément la légère targe qu’ils recevront quand ils en auront besoin.

Les gages seront les mêmes qu’en l’ancienne ordonnance. Toutefois le piquenaire sera maintenant assimilé aux autres fantassins, et recevra comme eux 4 francs par mois. Pour obtenir que tous ces gens de guerre soient montés, armés et habillés, selon cette ordonnance, le conducteur leur commandera à chaque revue d’avoir aux revues suivantes une partie des habillements qu’il leur faudra, à la discrétion dudit conducteur et du commissaire délégué pour passer la revue.

Faute par ces gens de guerre de se pourvoir de ces habillements, ils leur seront délivrés par le commissaire et trésorier des guerres, sur et en déduction de leurs gages, à prix raisonnables.

Pour déloger, le conducteur fera sonner trois fois sa trompette. A la première fois, chacun troussera ses bagages, s’armera de menues pièces et se tiendra prêt en son logis pour monter à cheval. A la seconde sonnerie tous les gens de trait à cheval et à pied, aussi bien que les piquenaires, se rendront vers l’homme d’armes, chef de leur lance, sans qu’aucun d’eux aille devant ou derrière, si ce dernier ne le leur ordonne. Celui-ci, avec tous ses gens, tant à cheval qu’à pied, se dirigera avant de partir de son quartier au logis de son dizainier.

Le dizainier, avec sa dizaine d’hommes d’armes et d’autres gens à cheval et à pied, marchera, au troisième son de la trompette, vers le lieu où le conducteur aura déclaré qu’il établira son enseigne, et là il se placera dans l’ordre, lieu et place fixés par cet officier. Cela fait, le dizainier enverra son lieutenant conduire, ou lui-même conduira en personne ses gens de trait jusqu’au guidon des archers de son conducteur. Pour les conduire le dizainier établira 2 cornettes ; son lieutenant en conduira une, sous laquelle chevaucheront tous les gens de trait à cheval, et les gens de pied suivront l’autre conduite par un homme d’élite, archer ou autre. Ensuite tous marcheront comme le conducteur l’ordonnera. Celui-ci, outre l’homme d’armes qui conduira le guidon de ses archers, choisira un autre homme d’armes pour conduire un autre plus petit guidon, et fera marcher ce guidon par tel chemin et en tel ordre qu’il voudra faire suivre par ses gens de pied. Chaque homme d’armes doit donner à son dizainier la déclaration par écrit du nombre de gens de trait et piquenaires qu’il a sous sa lance. Dans cet écrit il dira quels ils sont, leurs noms et surnoms. Le dizainier, de toutes ces déclarations, fera faire un rôle qu’il portera toujours sur lui, de façon, lorsqu’il voudra mettre sa cornette aux champs, à voir si tous sont présents. Il transmettra le double de ce rôle au conducteur qui fera faire un rôle général pour sa compagnie, en enverra un double au Duc, et portera toujours l’autre sur lui.

Si le dizainier trouve que l’un de ses hommes d’armes par lâcheté, négligence, ou autrement n’a pas le nombre d’hommes déclarés, quand l’enseigne de la dizaine sera mise aux champs, l’homme d’armes et celui ou ceux de ses gens qui manqueront perdront leurs gages de la journée, au profit du dizainier. S’il est prouvé que l’homme d’armes a tout fait pour éviter cette infraction de ses subordonnés, ceux-ci perdront leurs gages de ce jour au profit de l’homme d’armes, et néanmoins ce dernier perdra la moitié de ses gages du jour au profit du dizainier, en conservant toutefois un recours pour cette portion sur les gages du défaillant, outre les gages du jour que celui-ci aura déjà perdus à son profit. Il recevra à ce sujet toute aide de son dizainier. Si celui-ci ne peut par ces moyens conduire tous ses gens de trait et piquenaires à l’enseigne de son conducteur, ce dernier n’aura rien à lui reprocher, s’il peut prouver qu’il a puni l’homme d’armes et ses gens en défaut ; sinon, il perdra ses gages de la journée au profit du conducteur. Si le dizainier ne produit tous ses hommes d’armes à l’enseigne de son conducteur, et que ce soit par sa négligence ou permission, le conducteur prendra à son profit les gages de l’homme d’armes et du dizainier défaillants. Mais si ce dernier peut prouver que la faute ne vient pas de lui, il recevra les gages de l’homme d’armes défaillant, et néanmoins il perdra au profit de son conducteur la moitié de ses gages de la journée, sauf recours sur ceux du défaillant ; et dans ce but, il recevra toute assistance de son conducteur.

Afin qu’il n’y ait pas d’erreur par suite d’accroissement ou de diminution de la compagnie, les hommes d’armes seront tenus d’avertir le dizainier de la diminution ou de l’accroissement du nombre de leurs gens de trait ou piquenaires. Celui-ci en informera son conducteur, aussi bien que de la diminution ou de l’accroissement de ses hommes d’armes, et des causes d’où proviennent cette diminution ou cet accroissement, sous peine, pour le dizainier, s’il ne fait pas cette déclaration à son conducteur, de perdre ses gages du jour, et pour l’homme d’armes s’il ne fait pas à son dizainier la déclaration analogue pour ses gens de trait ou piquenaires, de perdre aussi ses gages de la journée au profit de celui-ci.

La manière de marcher, soit en front ou en train de dizaines sera telle que chaque homme d’armes, de trait à pied ou à cheval, suivra son enseigne sans l’abandonner, et n’ira devant ou ne demeurera derrière pour chevaucher, piller ou fourrager, sans le congé ou la permission du conducteur, sous peine, en pays d’amis, de perdre ses gages de quatre jours, qui seront pour moitié pour celui qui le dénoncera, moitié pour le conducteur, et outre cela d’être puni à l’arbitrage dudit conducteur. Si c’est en pays ennemi, le délinquant perdra son cheval et son habillement, et sera suspendu de ses gages qui serviront à en racheter de nouveaux. Il pourra cependant, au prix de ses gages d’un mois, racheter son cheval et son habillement, de son conducteur et de son accusateur. Il sera encore puni à la volonté et arbitrage du conducteur. Si cette infraction a lieu, alors que les ennemis tiendront la campagne ou seront logés au pays par où passera la compagnie, le transgresseur sera réputé ennemi, et encourra la peine de la hart.

Le Duc ordonne que nul homme d’armes, ou homme de trait à cheval ou à pied ne se mêle, en cheminant, d’une dizaine à l’autre, mais il veut que chaque dizaine suive sa cornette. Il est commandé de plus à tous les hommes d’armes, s’ils n’ont excuse de maladie, de blessure ou autre raisonnable cause, d’accompagner leurs enseignes armés à blanc et de toutes pièces, hormis l’armure de tête et les grands garde-bras ; en hiver ils porteront leurs grèves. Ils ne doivent point s’habiller en coustilliers pour aller courre ou chevaucher, autrement que par l’ordonnance du conducteur, sur les peines dessus dites. Quand ils devront se mettre en train, par ordre de cornettes, ils le feront jusqu’à ce qu’ils se mettent en front, et les gens de trait à cheval et à pied feront de même dans lesdits cas, sans que lesdits gens de trait d’une dizaine s’entremêlent avec ceux d’une autre.

En l’absence du conducteur, le dizainier aura ses pouvoirs pour prononcer les peines et punitions qui sont ordinairement à l’arbitrage du premier.

Pour prendre logis, le conducteur arrêtera son enseigne en dehors du logis, et il fera alors sortir des rangs son logeur ; celui-ci sera accompagné d’un homme d’armes de chaque dizaine, qui pourra amener ses 3 archers à cheval et ses gens de pied s’ils y sont. Le logeur distribuera les quartiers aux hommes d’armes des dizainiers, tant pour les dizainiers que pour les hommes d’armes et archers de leur dizaines. Les hommes d’armes et archers ne prendront pas d’autres logis que ceux donnés par le logeur. Nul que ce logeur et les gens qui l’accompagneront n’entreront en ce moment auxdits logis, en abandonnant leurs rangs, sous les peines dessus dites. Quand les quartiers seront établis, le conducteur et toute sa compagnie, et ensuite les dizainiers et leurs dizaines se rendront en leurs logis, chacun en son quartier. Si quelqu’un des dizainiers trouve à se plaindre de son logis, il s’adressera à son conducteur qui tranchera la question. Chaque dizainier viendra le soir avant le souper trouver son conducteur pour savoir ce qu’il aura à faire pour la nuit. Il agira de même le matin et avant le dîner pour connaître ses devoirs du jour. Sous les peines dessus dites, nul ne quittera la compagnie ou son logis pour ses affaires ou quelque cause que ce soit, sans congé et licence, savoir : le dizainier de son conducteur, l’homme d’armes de la dizaine du conducteur, de ce conducteur ; et les hommes d’armes des autres dizaines, sans la licence de leur dizainier et le consentement du conducteur.

(Comme dans l’ordonnance de 1471), il n’est accordé de congé qu’à 20 hommes d’armes sur 100 lances, en temps de paix. En temps de guerre, il ne sera accordé de congé qu’à 10 hommes d’armes à la fois, jusqu’à ce que le Duc le défende. Toutefois le Duc exige que ceux qui obtiendront ces congés laissent à leur départ : l’homme d’armes, son meilleur cheval, son harnois et son habillement de guerre ; l’archer, tout son habillement de guerre.

Si un homme d’armes, archer ou piquenaire, part sans avoir obtenu congé de son dizainier conducteur, de la manière dessus dite, le conducteur le pourra faire prendre et appréhender, sous quelque juridiction qu’il se trouve, sauf en lieu saint, et lui faire infliger une punition et correction criminelle, corporelle ou autre à son arbitrage, par la seule insinuation de la justice du lieu où le délinquant aura été pris. Les dizainiers auront le même pouvoir pour ceux de la dizaine.

Si l’homme d’armes manque d’avertir son dizainier, quand les gens de trait ou piquenaires de sa lance partiront sans congé ; si le dizainier n’informe point son conducteur des hommes d’armes, gens de trait et piquenaires de sa dizaine, qui commettront la même faute, l’homme d’armes perdra huit jours de ses gages au profit du dizainier, et celui-ci huit jours de ses gages au profit du conducteur. Le Duc ordonne à tous les justiciers, officiers des villes de ses pays, sous peine de perdre leurs offices et d’être frappés d’amendes, d’assister les conducteurs et dizainiers en la prise et punition de leurs gens, quand ils en seront requis.

Si quelque faute est commise par quelqu’un de la compagnie, crime, délit ou contravention, s’il n’est sous les ordres du prince ou du capitaine muni de ses pouvoirs, le conducteur en aura la connaissance sur tous ses subordonnés : dizainiers, hommes d’armes ou autres, et pareillement les dizainiers sur ceux de leur dizaine, quand ils seront loin du conducteur. Mais quand les conducteurs seront en la compagnie du prince ou du capitaine choisi par le prince, ils n’auront d’autre pouvoir que de saisir les délinquants et de les livrer au prévôt des maréchaux du prince ou du capitaine, délégué du prince. Mais néanmoins, s’il s’agit d’une désobéissance à leur conducteur, de la part des gens de sa compagnie, de quelque dizaine que ce soit, le conducteur pourra les punir et les corriger, sans attendre la justice du prince ou du capitaine criminellement ou autrement, selon le cas. De même les dizainiers pour les désobéissances de leurs gens envers eux, sans attendre leur conducteur, et sans lui demander la permission. Mais si un soldat de la dizaine désobéit non au dizainier mais au conducteur, le dizainier n’aura d’autre droit que de faire saisir le délinquant pour le déférer au conducteur qui le punira.

Le conducteur, au contraire, pourra punir par prévention toutes désobéissances aussi bien aux dizainiers qu’à lui-même. toutefois si aucun crime est commis, aux lieux où le Duc ait des officiers, par les gens de guerre y étant en garnison, ces officiers en pourront, par prévention, avoir la connaissance et punition. Mais le conducteur ou le dizainier, en l’absence du conducteur, aura lui aussi, le droit de prévenir ces officiers dans la punition du délit. Le Duc ordonne, sous peine d’encourir son indignation et de perdre son état, que nul conducteur ou dizainier ne favorise homme d’armes, archer ou piquenaire de sa compagnie l’un contre l’autre, mais il veut que le conducteur soutienne les dizainiers, que les dizainiers soutiennent le conducteur, et que les dizainiers se soutiennent l’un l’autre ; que ceux-ci n’obéissent pas seulement au conducteur, mais le fassent obéir par leurs gens.

Pour éviter tout débat au sujet du butin sur le droit que les conducteurs et dizainiers y pourraient prétendre, l’ordonnance décide que le conducteur aura le dixième denier sur ceux de sa dizaine, et les deux parts de ce dixième denier sur le butin de toutes les autres dizaines. Chaque dizainier prélèvera sur ceux de sa dizaine la tierce part du dixième denier, quand il se sera trouvé au lieu où le butin aura été conquis.

(Pour le logement, la marche à travers le pays en changeant de garnison ou autrement, pour le droit aux vivres, le paiement, etc., la nouvelle ordonnance reproduit exactement celle de 1471)

 

Publié dans : ordonnances militaires de 1472 | le 23 août, 2006 |Commentaires fermés

Dispositions additionnelles à l’ordonnance d’Abbeville

(ordonnance suivant immédiatement celle d’Abbeville, retranscription : M. de la Chauvelays)

Le Duc veut et ordonne, sous peine de désobéissance, que tous les gens de guerre, hommes d’armes, gens de trait ou autres appartenant aux compagnies d’ordonnance obéissent les uns aux autres, selon leur rang en cette dite ordonnance, et tous au conducteur de la compagnie dont ils seront, cela dans l’ordre suivant : tous les gens de trait ou piquenaires obéiront à l’homme d’armes chef de leur lance, et les hommes d’armes, leurs gens de trait et piquenaires obéiront à leur chef de chambre qui sera, avons-nous vu, en la première dizaine le conducteur lui-même, dans les autres, ou le dizainier sans intermédiaire ou le lieutenant du dizainier. Ce dernier devra obéir à son dizainier, et les dizainiers des 9 dernières dizaines, tous les hommes d’armes de la première devront obéissance directe au conducteur. Les dizainiers feront obéir celui-ci par les soldats de leur dizaine. Le Duc ordonne aux conducteurs de faire en sorte que tous les gens de leur compagnie se logent chacun auprès de son chef de chambre, celui-ci auprès de son dizainier s’il ne l’est pas lui-même, et tous les dizainiers auprès de leur conducteur, en la marche qui lui sera ordonnée pour sa compagnie, ou qu’il dirigera lui-même quand le Duc ne le subordonnera pas à un capitaine choisi pour la circonstance, auquel capitaine, durant sa commission, le Duc veut que les conducteurs obéissent comme à lui-même. Les conducteurs feront conduire les dizainiers, chefs de chambre, et gens de leur compagnie, selon les ordonnances citées, sous peine d’être punis en leur personne ou en leur état.

Lorsqu’on délogera, personne n’ira devant, sinon ceux qui avec les logeurs en auront l’ordre du conducteur, sous peine pour les délinquants, si c’est en pays d’amis, de perdre les gages de la journée, et pour qu’on puisse les leur rabattre, le Duc veut que ceux qui iront en avant, ou qui demeureront en arrière, leur étendard tiré aux champs, soient rayés par le conducteur. Les dizainiers seront, sous les mêmes peines, tenus de dénoncer au conducteur les gens de leur chambre qui manqueront à leur devoir, et le lieutenant du dizainier ceux de la sienne à son dizainier. Si les infractions en question ont lieu en pays ennemi, la punition sera à l’arbitraire du conducteur ou du capitaine, s’il y en a un. Ainsi la compagnie délogera toute ensemble quand la trompette sonnera, et sans que personne aille devant ou demeure en arrière, s’il n’en reçoit l’ordre, et sans faire autre chose si ce n’est par contrainte ou grande utilité. Quand la trompette sonnera le boute-selle, chacun troussera ses bagages pour promptement monter à cheval s’il en est besoin. Lorsque chacun sera habillé, les gens de trait à cheval et à pied, et les piquenaires se rendront promptement aux logis de leurs hommes d’armes, avant que ceux-ci ne les quittent et se mettent aux champs. Les hommes d’armes iront devers leur chef de chambre, conducteur, dizainier, ou lieutenant de dizainier, selon qu’ils seront de la première dizaine, ou de la première ou de la deuxième chambre des neuf dizaines suivantes. Les chefs de chambre non dizainiers, se rendront aux logis de leurs dizainiers avec leurs hommes d’armes ; et les dizainiers avec leur dizaine iront occuper la place fixée par le conducteur.

Après que les dizainiers seront venus à l’enseigne du conducteur, ils y demeureront avec leurs hommes d’armes, et enverront leurs gens de trait, sous le guidon du même conducteur. Ils feront conduire ces gens de trait par un homme d’armes de leur chambre, qui portera en une banderolle sur sa salade l’enseigne que le dizainier portera en la cornette de sa lance.

La compagnie marchera soit en front, soit par dizaines, soit par chambres, selon que la nécessité, le temps et le chemin le requerront, sans entremêler les dizaines des hommes d’armes ou de leurs gens de trait.

 

Publié dans : ordonnances militaires de 1471 | le 22 août, 2006 |Pas de Commentaires »

Ordonnance d’Abbeville, 31 juillet 1471

(retranscrite par M. de la Chauvelays)

Le Duc déclare qu’il a résolu de choisir, mettre sus et entretenir en son ordonnance 1250 hommes d’armes à 3 chevaux, et pour chaque homme d’armes, trois archers à cheval, un arbalétrier, un couleuvrinier et un piquenaire à pied, des meilleurs et des plus experts qu’il pourra trouver en ses pays et seigneuries.

L’homme d’armes doit porter blanc harnois complet, monté de trois bons chevaux dont le moindre vaudra 30 écus ; il aura une selle de guerre et un chanfrein, et sur la salade des plumes de couleur, moitié blanches, moitié bleues, aussi bien que sur le chanfrein. Sans imposer des bardes pour les chevaux, le Duc fait observer qu’il saura bon gré à l’homme d’armes qui s’en procurera.

Le coustillier de l’homme d’armes sera armé par devant d’un plastron d’acier ou de fer battu avec arrêt, et par derrière de brigandine ; s’il ne peut trouver cet habillement, il se pourvoiera d’un corselet de fer avec arrêt, et s’il ne peut avoir qu’une brigandine, pour la première fois, il la couvrira d’un plastron à arrêt. Il aura en outre une salade, un gorgerin, petits garde-bras, avant-bras, gantelets ou mitons, selon l’habillement de corps qu’il se sera procuré. Il portera une bonne javeline, ou sorte de demi-lance, ayant poignée et arrêt, avec ce une bonne épée de moyenne longueur, droite, qu’il pourra manier à une main, et une bonne dague d’un pied, tranchant des deux côtés.

L’archer sera monté sur un cheval de 10 écus au moins, habillé d’une jaque à haut collet tenant lieu de gorgerin, avec bonnes manches ; il portera une cotte de mailles ou paletot de haubergerie dessous cette jaque qui sera de 12 toiles au moins dont 3 de toile cirée et 9 de toile commune. Il aura pour garantir sa tête une bonne salade sans visière ; il sera armé en outre d’un arc solide, d’une trousse pouvant contenir 2 douzaines et demie de flèches, d’une longue épée à deux mains, d’une dague tranchant des deux côtés et longue d’un pied et demi.

Le couleuvrinier et l’arbalétrier à pied porteront un haubergeon. Le piquenaire aura à son choix une jaque ou un haubergeon, et s’il choisit le haubergeon, il prendra aussi un glaçon.

L’homme d’armes à 3 chevaux, les 3 archers à cheval toucheront comme gages 15 francs de 32 gros le franc, soit 5 francs pour chacun des archers. Le couleuvrinier et l’arbalétrier auront chacun 4 francs par mois, et le piquenaire 2 patards par jour.

Les archers et coustilliers recevront du Duc, à la première montre, un paletot de deux couleurs, mi-partie bleu et blanc, à charge pour eux de continuer à se vêtir ainsi à leurs dépens. Ils pourront mettre sur ces paletots l’enseigne que leur capitaine portera sur ses étendards. Le Duc fera cadeau également aux hommes d’armes, à la première montre, d’une croix de Saint André de velours vermeil qu’ils mettront sur leurs harnois, et qu’ils devront continuer à s’en fournir de semblables par la suite.

Quand ces soldats auront été ainsi élus et choisis aux montres, le Duc leur donnera un chef pour les conduire : ce chef se nommera condutier ou conducteur. Le conducteur aura 9 hommes d’armes en sa chambre, et lui fera le dixième, et avec chaque homme d’armes, 3 archers à cheval, un couleuvrinier, un arbalétrier, un piquenaire. Sous lui seront aussi 9 dizainiers qui commanderont, chacun en sa dizaine, à 9 hommes d’armes et à 8 suivants par homme d’armes. Chaque dizaine formera deux chambres, l’une de 6 lances ou hommes d’armes, y compris le dizainier qui en sera le chef direct, et l’autre de 4 hommes d’armes parmi lesquels le plus capable sera chef, et portera aussi le titre de lieutenant du dizainier dont avec sa chambre il complètera la dizaine.

Le conducteur recevra pour son état, chaque mois, 100 francs de 32 gros, avec la paie de sa lance. Le dizainier aura pour son état 9 francs de la même monnaie, outre sa paie qui lui sera faite à piètres de 18 sols la pièce, au lieu de francs de 32 gros. Le chef de chambre, lieutenant du dizainier, sera payé aussi à piètres de 18 sols la pièce.

Quand ces gens de guerre logeront aux bonnes villes, ils auront le choix ou de prendre leurs logis aux hôtelleries, et les hôteliers seront tenus de les recevoir, ou hors des hôtelleries, du consentement de ceux chez qui ils voudront habiter. S’il n’y a pas d’hôtelleries en nombre suffisant pour les loger, et que les autres habitants s’y refusent, ils se logeront par l’avis et l’ordonnance des principaux officiers du Duc, et selon les lois de l’endroit. Ils prendront vivres au prix commun du marché, et s’ils commettent crimes ou délits, ils seront punis par la justice locale. S’ils veulent être logés aux hôtelleries, ils auront chambres, nappes, linges, pots, pellées, écuelles et autres ustensiles d’hôtel ; pour les 9 personnes de la lance ils auront 4 lits et leurs draps. Par lance fournie, ils paieront pour les 9 hommes et les 4 chevaux 34 patards par mois, et ils feront telle provision que bon leur semblera pour leurs vivres et celles de leurs chevaux. Quand il n’y aura que l’homme d’armes et les 3 archers, ils paieront par mois 27 patards. S’ils veulent être logés hors des hôtelleries, comme en maison de louage ou autrement, le Corps de la ville sera tenu de leur fournir lits, linges, nappes et autres ustensiles de ménage, sur inventaire, et s’ils en perdent, ils devront les payer.

Quand les gens de guerre changeront de logis, sur l’ordre du Duc, ils auront droit aux vivres dans les villages qu’ils traverseront, et les paieront au prix suivant : la chair d’un mouton, en rendant la peau et le suif, 4 patards et demi ; une poulaille 6 deniers ; un oison 6 deniers, un cochon 6 deniers. Ils paieront le boeuf et le veau au prix du lieu. En traversant le pays, ils auront logis pour eux et leurs chevaux, foin et paille, quant à l’avoine ils la prendront par mesures ou picotins, au prix qu’elle vaudra au lieu. Ils ne séjourneront en un logis que pour prendre un repas ou passer une nuit, et seront tenus de faire d’une traite deux journées raisonnables, 5 lieues au moins, 8 lieues au plus, par jour, et le 3e jour, ils séjourneront seulement si bon leur semble. Ils ne prendront en chaque logis que les vivres nécessaires sans rien emporter de plus.

Ils auront avec eux un commissaire qui veillera à l’exécution de tout celà, et qui, en cas de dommages, pillages ou rançonnements sur le peuple, s’adressera au trésorier ou à son clerc faisant le paiement, pour obtenir réparation sur les gages des auteurs de ces violences.

Quand le trésorier ou son clerc ira faire le paiement, il s’enquerra préalablement au logis des gens de guerre s’ils doivent quelque chose à leurs hôtes ou ailleurs, à cause de leurs dépenses, et en ce cas, il les paiera avant tout sur les gages des débiteurs. Lorsque lesdits gens de guerre voyageront par licence ou congé, ils perdront tous leurs avantages, et seront traités comme des voyageurs ordinaires.

Les congés devront être accordés de la manière suivante : le conducteur pourra les accorder pour un mois aux hommes des 9 lances de sa chambre ; à ceux sous les ordres des dizainiers, il ne pourra les leur accorder que sur la demande de ces derniers.

En cas d’absence du conducteur, le dizainier pourra accorder congé aux gens de sa dizaine. Ces congés n’excèderont point plus de 3 mois par an en temps de paix. En chaque compagnie de 100 lances, il ne sera donné congé à la fois qu’à 20 hommes d’armes. Les dizainiers et chefs de chambre devront demander leur congé au conducteur, celui-ci au Duc ou à son lieutenant général. S’il y a apparence de guerre ou de danger les congés cesseront, et il n’en sera plus accordé de nouveaux.

Le Duc nommera pour chaque compagnie un commissaire aux montres et revues. Ces montres et revues auront lieu de 3 mois en 3 mois, ou plus souvent s’il plaît au Duc, et elles se tiendront soit au lieu où sera cantonnée la compagnie, soit assez près pour que les soldats qui la composent puissent s’y rendre, les passer et retourner en leurs logis en un jour. Le trésorier des guerres ou le clerc qui y sera commis, sera tenu de faire les paiements aux lieux où se tiendront les gens de guerre, et à chacun en particulier ; ces paiements devront se faire de 3 mois en 3 mois, ou quand les montres et revues auront lieu ; en cas de guerre les paiements se feront de mois en mois.

Le Duc ordonnera pour chaque compagnie un notaire ou auditeur qui sera présent aux paiements, et en fera et expédiera les quittances pour l’acquit du trésorier. Les commissaires aux montres et revues feront prêter serment aux gens de guerre d’être bons et loyaux envers le Duc, de le servir envers et contre tous. Ils leurs feront jurer aussi que les chevaux, harnois et autres habillements qu’ils auront seront bien à eux, et qu’ils ne partiront du service, ni de la compagnie sans congé, ainsi que le Duc l’a ordonné. Il leur sera également demandé sous la foi du serment s’ils tiennent fief ou arrière-fief du Duc, et ceux qui en tiendront devront promettre d’entretenir les habillements nécessaires, et de faire faire pour ces terres les services qui seront ci-après ordonnés par le Duc, bien qu’ils soient de son ordonnance.

 

Publié dans : ordonnances militaires de 1471 | le 22 août, 2006 |Commentaires fermés
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